La Tombe des Lions

La Tombe des Lions à Magliano in Toscana. Auteur : Celia Biancarelli

La tombe des Lions a été découverte en 1984 par Nello Cipriani, mais elle avait déjà été pillée par des fouilleurs clandestins.  Elle est datée de la fin du VIIe siècle avant J.-C., à l’époque orientalisante. Elle est située dans la nécropole Cancellone à Sant’Andrea à Magliano en Toscane. C’est une tombe à chambre hypogée qui mesure 2,95 m de large, 13,30 m de long et 2,30 m de haut. Elle est taillée dans le calcaire local. Le mobilier funéraire que l’on y a découvert est conservé au centre de documentation d’archéologie de Magliano. Cette tombe n’est pas ouverte à la visite mais il existe une reproduction, sous forme de maquette, qui se trouve également au centre de documentation de Magliano.

Un dromos qui se resserre à l’entrée mène au vestibule. Celui-ci donne accès à une chambre funéraire, divisée en deux demi-cellules par un septum central à demi saillant. La paroi du fond du vestibule est encadrée par deux lions peints verticaux. La tête dirigée vers le haut, ils encadrent le passage de manière symétrique. Seul celui de gauche est bien conservé. L’architecture de la porte est soulignée par une bande rouge, légèrement visible, et d’une frise de dents de loup alternant les couleurs rouge, noir et jaune. Répondant au sentiment  d’ “ horror vacui ” typique de l’époque orientalisante, les espaces vides entre la porte et les corps des bêtes sont occupés par des motifs végétaux (palmettes sur tiges, à pétales disjoints et opposés). Puis la paroi du fond de la chambre de gauche est décorée par un lion ailé marchant vers la droite, vers le mur de séparation. À gauche, une banquette pour accueillir le corps du défunt est taillée dans la roche le long de la paroi. Enfin, dans la chambre de droite, deux lions ailés marchant sont figurés. Le premier est sur la paroi de droite. Le deuxième est sur la paroi du fond et tous deux se dirigent vers la gauche, vers le mur de séparation.

Sur le mur du fond du vestibule, la palmette (rouge-brun et noir), à l’envers sur le mur de droite, reproduit un type phénicien largement utilisé dans le répertoire décoratif orientalisant de Cerveteri avec des motifs de “fleurs du Paradis”. Ce motif serait une allusion symbolique de la continuité de la vie dans l’au-delà.

La crinière tombante sur le front, la mâchoire béante et la langue pendante suspendue entre les dents pointues confirment l’adhésion au schéma du lion d’origine phénicienne, typique de la période orientalisante. Les lions de Magliano sont remarquables, car ils sont ailés. Dans d’autres représentations connues en contexte funéraire, les félins conservent leurs aspects naturalistes, dépourvus d’ailes. Ici, les lions sont représentés avec les attributs spécifiques des sphinx. Ces derniers sont des monstres qui n’apparaissent dans la peinture orientalisante qu’à la fin du VIIe siècle avant J.-C. Les représentations de Magliano semblent s’inspirer de ces innovations tardives. La disposition des ailes par paire jointes au sternum, l’une dirigée vers le haut, l’autre vers le bas, renvoie à la même chronologie. Le lion est un animal dont la symbolique évoque la royauté ou l’aristocratie, mais aussi la protection. Le décor figuré a deux fonctions. Il peut signaler la classe sociale du ou de la défunte, mais peut également avoir une fonction de gardien, apotropaïque. Les lions qui encadrent la porte protègent l’accès à la chambre funéraire.

Le mobilier funéraire de la tombe est divisé en deux catégories. La première correspond à la vaisselle en céramique et renvoie au rituel funéraire. Il est composé d’un pithos et d’un grand plat. Le pithos a une fonction de conservation de la nourriture ou du vin. Le grand plat était sans doute utilisé pour les offrandes funéraires. La deuxième correspond aux objets personnels, permettant d’en déduire le genre du défunt, avec des fragments de bijoux et d’ornements ainsi qu’une fibule. Ce sont des objets probablement féminins.

Le lion n’est pas un animal local. Il est originaire du Proche Orient. Les Étrusques connaissent seulement sa symbolique royale, protectrice et exotique pour l’aristocratie étrusque. Ce motif animalier est importé par l’iconographie à l’époque orientalisante lorsque l’Empire Assyrien se développe et conquiert de nombreux peuples. Ces conquêtes engendrent une circulation d’œuvres d’art issus des butins de guerre, l’immigration d’artistes proche-orientaux et grecs en Italie. Ces derniers ouvrent des ateliers et forment des artistes locaux. Par la suite, ces derniers adoptent les styles et les techniques apportées par les étrangers et par la circulation d’objets lors des échanges commerciaux.

Sculpture de lion ailé en nenfro, Musée du Louvre, Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines, MNE 768.

Dans l’iconographie méditerranéenne antique, le lion a un rôle de protecteur et de gardien depuis l’âge du Bronze, comme en témoigne l’entrée principale de la citadelle antique de Mycènes, la porte des Lionnes qui protège symboliquement la ville des ennemis. Cette fonction apotropaïque, attribuée à ce bestiaire, se retrouve dans la tombe des Lions à Magliano, mais aussi dans les lions sculptés à l’entrée de la tombe Campana à Véies, datant elle aussi du VIIe siècle avant J.-C., dépourvus d’ailes. Cependant, on retrouve la représentation du lion ailé dans une sculpture en nenfro de Vulci conservée au musée du Louvre (Ma 3667). Elle est datée de 550-540 av. J.-C. et elle se rattache à un ensemble d’œuvres similaires destinés à la décoration de l’entrée des tombes ou des chambres funéraires.

Bien que la tombe des lions de Magliano soit datée du VIIe siècle avant J.-C, elle présente un type de motif animalier à un stade plutôt récent dans l’évolution de sa représentation à l’époque orientalisante. On observe des représentations similaires au siècle suivant dans des tombes provenant d’autres nécropoles étrusques. Cette tombe marque ainsi une transition entre l’époque orientalisante et l’époque archaïque à travers l’iconographie du bestiaire héraldique.

Bibliographie

Laura AMBROSINI, Vincent JOLIVET(dir.), Les potiers d’Étrurie et leur monde, Paris, 2014, p. 148-153.

Paola RENDINI,  La  tomba  dipinta  in  località  Cancellone  di  Magliano  in  Toscana,  in Pittura etrusca: problemi e prospettive, atti del convegno (Sarteano – Chiusi, 2001), a cura di A. MINETTI, Siena, 2003, p. 36-51.

Paola RENDINI, Marco FIRMATI, La necropoli di Cancellone a Magliano in Toscana, in La valle del vino etrusco, Arcidosso, 2011, p. 76-85.

Jean-Paul  THUILLIER, Les jeux athlétiques dans la civilisation étrusque, Rome : École française de Rome, 1985.